Cours 1 · Représentation de l'informationLeçon 1 sur 2
Systèmes de numération
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Binaire, octal, hexadécimal et conversions dans les deux sens ; arithmétique binaire ; poids des bits, octet et mot.
L'accent de ce site s'écrit #4f46e5. Trois octets : un peu de rouge, un peu de vert,
beaucoup de bleu. Une adresse réseau s'écrit 192.168.1.1, un masque /24, et la mémoire
d'un programme qui plante s'affiche en colonnes de 0x7ffd3a20. Aucune de ces notations
n'est décorative : elles disent toutes la même chose, un nombre, dans la base qui rend ce
nombre lisible.
Une machine ne connaît qu'un alphabet à deux lettres. Tout ce que ce cours étudiera — instructions, adresses, images, sons — est une suite de zéros et de uns. Ce premier chapitre apprend à lire cette suite, à la traduire, et à y calculer. C'est le socle : le complément à deux du chapitre 2, les tables de vérité du chapitre 3 et les modes d'adressage du chapitre 6 sont tous écrits dans cette langue.
Compter, c'est pondérer
Notre système décimal n'a rien d'évident, et le comprendre en tant que système est ce qui permet d'en changer. Écrire 3705, c'est écrire une somme :
3705 = 3 × 10³ + 7 × 10² + 0 × 10¹ + 5 × 10⁰ = 3000 + 700 + 0 + 5Deux ingrédients seulement. Une base — ici dix — qui fixe le nombre de chiffres disponibles, de à . Et une position, qui donne à chaque chiffre son poids : une puissance de la base, croissante de droite à gauche à partir de .
Rien dans cette mécanique n'impose . Le choix de dix est anatomique, pas mathématique. En base quelconque, un nombre écrit vaut :
Et la propriété qui servira partout : avec chiffres en base , on écrit exactement valeurs différentes, de à . Huit chiffres binaires donnent valeurs, donc de 0 à 255 — le 255 des masques réseau et des composantes de couleur n'est pas un nombre rond arbitraire, c'est la dernière valeur qui tient sur un octet.
Trois bases, trois raisons
Le cours n'en emploiera que trois, et chacune existe pour une raison distincte.
La base 2 est la seule que le matériel connaisse. Un fil est sous tension ou ne l'est pas ; un transistor conduit ou bloque. Deux états discernables de façon fiable — trois seraient techniquement possibles et le sont si peu qu'on n'en fait pas d'ordinateurs. Le chiffre binaire s'appelle un bit (binary digit).
La base 16, dite hexadécimale, est une commodité d'écriture pour les humains. Ses chiffres vont de 0 à 9 puis A à F, où A vaut 10 et F vaut 15. Son intérêt tient à une coïncidence : , donc un chiffre hexadécimal vaut exactement quatre bits. Un octet s'écrit sur deux caractères au lieu de huit, sans le moindre calcul.
La base 8, octale, joue le même rôle avec : un chiffre pour trois bits. On
la rencontre surtout dans les permissions Unix — le chmod 755 du cours de systèmes est un
nombre octal, trois groupes de trois bits.
| Décimal | Binaire | Octal | Hexadécimal |
|---|---|---|---|
| 0 | 0000 | 0 | 0 |
| 5 | 0101 | 5 | 5 |
| 9 | 1001 | 11 | 9 |
| 10 | 1010 | 12 | A |
| 15 | 1111 | 17 | F |
| 16 | 10000 | 20 | 10 |
| 255 | 11111111 | 377 | FF |
Retenez la dernière ligne : FF = 255 = un octet plein. Elle revient constamment.
Pourquoi l'hexadécimal est-il universellement employé pour afficher le contenu de la mémoire, plutôt que l'octal ou le décimal ?
Convertir dans les deux sens
Quatre procédés suffisent, et il faut les avoir tous automatisés.
Base → décimal : la somme pondérée. On applique la définition. Pour 1011₂ :
. Pour 2AF₁₆ :
.
En pratique on emploie le schéma de Horner, qui évite de calculer les puissances : partir
de 0, et pour chaque chiffre de gauche à droite, multiplier l'accumulateur par la base puis
ajouter le chiffre. Pour 2AF₁₆ : , puis , puis
. Trois multiplications, aucune puissance.
Décimal → base : les divisions successives. On divise par la base, on note le reste, on recommence sur le quotient jusqu'à zéro. Les restes, lus de bas en haut, donnent l'écriture.
Convertir 214 en binaire 214 ÷ 2 = 107 reste 0 ← bit de poids faible107 ÷ 2 = 53 reste 1 53 ÷ 2 = 26 reste 1 26 ÷ 2 = 13 reste 0 13 ÷ 2 = 6 reste 1 6 ÷ 2 = 3 reste 0 3 ÷ 2 = 1 reste 1 1 ÷ 2 = 0 reste 1 ← bit de poids fort Lecture de bas en haut : 11010110L'erreur de débutant est de lire les restes de haut en bas. Le contrôle est immédiat : le premier reste obtenu est celui de la division par 2, donc il vaut 1 si et seulement si le nombre est impair — c'est forcément le bit le plus à droite.
Binaire ↔ hexadécimal : le découpage. Aucune arithmétique. On groupe les bits par quatre en partant de la droite, en complétant par des zéros à gauche si besoin, et on traduit chaque groupe.
11010110 → 1101 | 0110 → D | 6 → 0xD60x4F46E5 → 0100 1111 0100 0110 1110 0101Avec l'octal, même chose par groupes de trois. Et pour passer de l'hexadécimal à l'octal, on transite par le binaire : il n'existe pas de raccourci direct, et n'étant pas puissances l'une de l'autre.
Calculer en binaire
L'addition binaire tient en quatre lignes, dont la dernière est la seule à retenir :
0 + 0 = 00 + 1 = 11 + 0 = 11 + 1 = 0 avec une retenue de 1 sur la colonne suivanteC'est exactement l'addition posée de l'école primaire, avec une retenue qui se déclenche à 2 au lieu de 10. Et c'est aussi, littéralement, le circuit du chapitre 4 : la colonne « somme » est un OU exclusif, la colonne « retenue » est un ET.
1 1 1 ← retenues 0 1 0 1 1 (11) + 0 0 1 1 1 ( 7) ─────────── 1 0 0 1 0 (18)La multiplication est plus simple qu'en décimal, parce que la table de multiplication
binaire ne contient que des 0 et des 1 : chaque ligne du produit posé est soit une copie
décalée du premier facteur, soit une ligne de zéros. D'où un fait qui servira au chapitre 6 :
multiplier par 2 revient à décaler tous les bits d'un rang vers la gauche, diviser par 2
à décaler vers la droite. Un processeur qui décale plutôt que de multiplier gagne beaucoup de
temps, et un compilateur remplace systématiquement x * 8 par un décalage de 3.
La soustraction binaire posée existe, avec ses emprunts. On ne l'enseignera pas : le chapitre 2 montrera qu'aucune machine ne l'utilise. Elles additionnent l'opposé, et c'est tout l'intérêt du complément à deux.
Bit, octet, mot
Le bit est l'unité. Il ne se manipule presque jamais seul.
L'octet (byte) est le groupe de 8 bits, et l'unité d'adressage de toutes les machines courantes : la mémoire est un tableau d'octets, et chaque octet a une adresse. Un octet code valeurs.
Le mot (word) est la quantité que le processeur traite en une opération : 32 ou 64 bits aujourd'hui. C'est aussi, en général, la largeur des registres et du bus de données du chapitre 5. Attention au faux ami : la taille du mot dépend de la machine, celle de l'octet non.
Dernier point, source d'une confusion tenace. Les préfixes du système international valent mille : un kilooctet (ko) vaut octets. Les préfixes binaires valent 1024 : un kibioctet (Kio) vaut octets. L'écart est de 2,4 % au kilo et grimpe à 7,4 % au téra — c'est toute la différence entre le disque « 1 To » du fabricant et les « 931 Gio » qu'affiche le système, et cela n'a rien d'une escroquerie : ce sont deux unités différentes portant des noms trop proches.
Combien de valeurs distinctes peut-on coder sur 12 bits, et combien de bits faut-il au minimum pour coder les 26 lettres de l'alphabet ?
À vous
L'exercice implémente les deux conversions dans les deux sens, puis vérifie qu'elles sont réciproques sur une série de nombres. C'est le meilleur contrôle qui soit : une conversion juste dans un sens et fausse dans l'autre se repère immédiatement.
Attention au piège volontaire du squelette : les restes des divisions successives doivent être lus de bas en haut, et le code fourni les concatène dans le mauvais ordre.
Réparez la conversion décimal → base b, et vérifiez que l'aller-retour est fidèle.
const CHIFFRES = "0123456789ABCDEF"; // Base b -> décimal, par le schéma de Horner : on parcourt les chiffres de // gauche à droite, on multiplie l'accumulateur par la base, on ajoute. function versDecimal(texte, base) { let n = 0; for (const c of texte.toUpperCase()) { n = n * base + CHIFFRES.indexOf(c); } return n; } // Décimal -> base b, par divisions successives. function versBase(n, base) { if (n === 0) return "0"; let sortie = ""; while (n > 0) { const reste = n % base; sortie = sortie + CHIFFRES[reste]; // ← les restes s'accumulent... dans quel sens ? n = Math.floor(n / base); } return sortie; } // ── À VOUS ──────────────────────────────────────────────────────────────── // 1. versBase est fausse : les restes sont lus à l'envers. Corrigez-la. // 2. Vérifiez que l'aller-retour redonne bien le nombre de départ. const CAS = [ { n: 214, base: 2, attendu: "11010110" }, { n: 214, base: 16, attendu: "D6" }, { n: 687, base: 16, attendu: "2AF" }, { n: 493, base: 8, attendu: "755" }, { n: 255, base: 2, attendu: "11111111" }, { n: 0, base: 2, attendu: "0" }, ]; for (const c of CAS) { const ecrit = versBase(c.n, c.base); const relu = versDecimal(ecrit, c.base); const ok = ecrit === c.attendu && relu === c.n ? " ok" : " X attendu " + c.attendu; console.log( String(c.n).padStart(4) + " en base " + String(c.base).padStart(2) + " -> " + ecrit.padEnd(10) + " -> " + String(relu).padStart(4) + ok ); }
En travaux pratiques
Compter comme la machine
Convertir sans outil, écrire son propre convertisseur, et rencontrer la limite qui gouverne tout le reste du cours : un nombre de bits fixé.
- De quoi compiler ou exécuter un petit programme, dans le langage de votre choix
- Une calculatrice en mode programmeur, pour vérifier — pas pour travailler
- 1. À la main d'abord
Convertissez 173, 255 et 1000 en binaire, octal et hexadécimal, par divisions successives. Vérifiez ensuite seulement, avec la calculatrice.
- 2. Votre convertisseur
Écrivez une fonction qui convertit un entier positif vers une base entre 2 et 16, sans utiliser la fonction toute faite du langage. Testez-la sur les trois valeurs précédentes.
- 3. Pourquoi l'hexadécimal existe
Affichez la même valeur, 3 735 928 559, en binaire et en hexadécimal. Comptez les caractères de chaque écriture, puis dites combien de bits représente un seul chiffre hexadécimal.
- 4. Trouver le mur
Simulez un compteur sur 8 bits : partez de 250 et ajoutez 1, dix fois de suite, en gardant toujours 8 bits. Notez la suite obtenue et expliquez ce qui se passe entre deux valeurs.
- 5. Le vrai débordement
En C, déclarez une variable de type unsigned char valant 255 et ajoutez-lui 1. Puis faites la même chose avec un char signé valant 127. Comparez les deux résultats.
- 6. Lire de la mémoire brute
Créez un fichier texte contenant le mot « OK », puis affichez-le avec un outil hexadécimal. Retrouvez chaque octet dans la table ASCII.
- Vous convertissez 173 en hexadécimal sans calculatrice, en moins d'une minute
- Votre convertisseur donne AD pour 173 en base 16
- Vous savez dire où passe le bit perdu quand 255 devient 0
Ce que la suite en fait
Ce chapitre n'a manipulé que des entiers positifs, et c'est sa limite : rien de ce qui précède ne sait écrire , ni , ni la lettre « é ». Le chapitre 2 lève ces trois restrictions, et découvre au passage que chaque codage a un domaine hors duquel il ment silencieusement.
La suite pondérée sert aussi ailleurs qu'en conversion. La somme est exactement ce que calcule un décodeur au chapitre 4, et le découpage d'une adresse en « numéro de page » et « déplacement » du chapitre 7 n'est rien d'autre qu'une coupure de cette somme en deux morceaux.
À retenir
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