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Mathématiques · C1 Outils de base · Chapitre 1 · 4 h

Logique et raisonnement

Implication, contraposée, absurde, récurrence, contre-exemple : les modes de démonstration exigés dans toute l'épreuve.

L'épreuve du bac ne récompense pas seulement les résultats justes : elle récompense les résultats établis. Un bon résultat sans justification perd la moitié des points ; une démonstration correcte d'un fait évident les rapporte tous. Ce chapitre n'apporte donc aucune formule nouvelle — il donne les cinq façons d'écrire « donc », et surtout le moyen de choisir la bonne.

Proposition, implication, équivalence

Une proposition est un énoncé qui est soit vrai, soit faux : jamais les deux, jamais ni l'un ni l'autre. « 77 est premier » est une proposition, vraie. « x2=4x^2 = 4 » n'en est pas une tant qu'on ignore ce qu'est xx : c'est un prédicat, qui ne devient une proposition qu'une fois xx fixé ou quantifié.

L'implication PQP \Rightarrow Q se lit « si PP alors QQ ». Sa table de vérité réserve une surprise à qui la découvre :

PPQQPQP \Rightarrow Q
VVV
VFF
FVV
FFV

Un seul cas la rend fausse : PP vraie et QQ fausse. Autrement dit, PQP \Rightarrow Q signifie exactement « PP ne peut pas être vraie sans que QQ le soit ». Les deux dernières lignes déconcertent, et sont pourtant indispensables : « si nn est divisible par 44 alors nn est pair » doit rester vraie pour n=3n = 3, où l'hypothèse ne s'applique tout simplement pas. Une implication ne dit rien des cas où son hypothèse est fausse.

L'équivalence PQP \Leftrightarrow Q est la conjonction de deux implications : (PQ)(P \Rightarrow Q) et (QP)(Q \Rightarrow P). C'est la conséquence de rédaction la plus lourde de tout le chapitre : démontrer une équivalence, c'est écrire deux démonstrations. Une seule flèche traitée, et la question est à moitié faite.

Quiz · 1 question

La proposition « si 2 + 2 = 5, alors je suis le roi de France » est-elle vraie ou fausse ?

  • Fausse : la conclusion est manifestement fausse
  • Vraie : son hypothèse est fausse, donc l'implication est vraie
  • Ni l'une ni l'autre : l'énoncé n'a pas de sens

Réponse : L'hypothèse 2 + 2 = 5 est fausse, on est donc sur les deux dernières lignes de la table : l'implication est vraie. Une implication n'affirme rien quand son hypothèse est fausse — elle promet seulement de ne pas conduire du vrai au faux.

Contraposée et réciproque

Deux énoncés se construisent à partir de PQP \Rightarrow Q, et il est capital de ne pas les confondre : l'un est équivalent à l'implication de départ, l'autre non.

NomÉcritureÉquivalent à PQP \Rightarrow Q ?
ImplicationPQP \Rightarrow Q
Contraposée¬Q¬P\lnot Q \Rightarrow \lnot POui, toujours
RéciproqueQPQ \Rightarrow PNon, en général
NégationPP et ¬Q\lnot QNon : c'est son contraire

La contraposée est un outil de travail, pas une curiosité. Prenons : « si n2n^2 est pair alors nn est pair ». Attaquée de front, elle est pénible — de n2=2kn^2 = 2k, on ne tire pas grand-chose sur nn. Sa contraposée, elle, tombe toute seule : si nn est impair, alors n=2k+1n = 2k+1, donc n2=4k2+4k+1=2(2k2+2k)+1n^2 = 4k^2 + 4k + 1 = 2(2k^2+2k) + 1 est impair. Démontrée la contraposée, l'implication de départ est démontrée. C'est le même énoncé.

La réciproque, en revanche, est un énoncé différent, qui peut être faux quand l'implication est vraie : « si x=2x = 2 alors x2=4x^2 = 4 » est vraie, sa réciproque ne l'est pas — il y a x=2x = -2.

Quiz · 1 question

Soit la proposition « si un quadrilatère est un carré, alors ses diagonales sont perpendiculaires ». Que vaut sa réciproque ?

  • Elle est vraie, car c'est la même chose lue à l'envers
  • Elle est fausse : un losange non carré a aussi ses diagonales perpendiculaires
  • Elle est vraie car sa contraposée est vraie

Réponse : Le losange est le contre-exemple attendu. Cet exercice est le piège classique du bac : on démontre un sens, on croit avoir traité l'équivalence, et on perd les points de la réciproque — qui est souvent fausse.

Quantificateurs, et leur négation

Deux symboles transforment un prédicat en proposition. \forall (« pour tout ») et \exists (« il existe au moins un »).

Leur ordre n'est pas commutatif, et c'est une source constante de faux raisonnements. Comparez :

xR, yR, y>xetyR, xR, y>x\forall x \in \mathbb{R},\ \exists y \in \mathbb{R},\ y > x \qquad\text{et}\qquad \exists y \in \mathbb{R},\ \forall x \in \mathbb{R},\ y > x

La première est vraie — pour chaque xx, on prend y=x+1y = x+1, et ce yy dépend de xx. La seconde affirme l'existence d'un réel plus grand que tous les autres : elle est fausse. Mêmes symboles, ordre inversé, vérité inversée.

La négation obéit à une règle mécanique : on échange les quantificateurs et on nie la conclusion.

¬(x, P(x))    x, ¬P(x)¬(x, P(x))    x, ¬P(x)\lnot\big(\forall x,\ P(x)\big) \iff \exists x,\ \lnot P(x) \qquad \lnot\big(\exists x,\ P(x)\big) \iff \forall x,\ \lnot P(x)

Nier « toutes les fonctions de la famille sont croissantes » ne donne pas « toutes sont décroissantes », mais « il en existe une qui n'est pas croissante ». Cette règle est ce qui rend le raisonnement par l'absurde et le contre-exemple utilisables.

Le raisonnement par l'absurde

Pour démontrer QQ, on suppose ¬Q\lnot Q et on en déduit une contradiction — un énoncé et son contraire, ou un fait manifestement faux. Puisque ¬Q\lnot Q mène à l'impossible, ¬Q\lnot Q est fausse, donc QQ est vraie.

Le modèle du genre : 2\sqrt{2} est irrationnel. Supposons le contraire : 2=pq\sqrt{2} = \dfrac{p}{q} avec pp et qq entiers, la fraction étant irréductible. Alors p2=2q2p^2 = 2q^2, donc p2p^2 est pair, donc pp est pair — c'est exactement le résultat démontré plus haut par contraposée. Écrivons p=2kp = 2k : il vient 4k2=2q24k^2 = 2q^2, soit q2=2k2q^2 = 2k^2, donc qq est pair lui aussi. Mais pp et qq pairs contredit l'irréductibilité de la fraction. L'hypothèse était donc fausse.

Le point de méthode à retenir : l'absurde exige d'écrire la négation avec soin avant de commencer. C'est là que les copies se perdent, pas dans le calcul qui suit.

Le contre-exemple

Pour réfuter « x, P(x)\forall x,\ P(x) », un seul xx qui échoue suffit — c'est la règle de négation appliquée. Aucun calcul général n'est demandé, aucune théorie : un exemple bien choisi, et l'énoncé est mort.

La réciproque de cette règle est l'erreur que les correcteurs sanctionnent le plus : un exemple, ou dix, ne démontrent jamais un « pour tout ». La proposition « n2+n+41n^2 + n + 41 est premier pour tout entier nn » se vérifie pour n=0,1,2,,39n = 0, 1, 2, \ldots, 39 — quarante cas d'affilée — et tombe en n=40n = 40, où l'expression vaut 41241^2.

Quiz · 1 question

Pour réfuter « toute fonction continue sur ℝ est dérivable sur ℝ », que faut-il produire ?

  • Une démonstration générale que la continuité n'entraîne pas la dérivabilité
  • Une seule fonction continue et non dérivable en au moins un point
  • Plusieurs fonctions continues et non dérivables, pour être convaincant

Réponse : La négation d'un « pour tout » est un « il existe » : une seule fonction suffit, et la fonction valeur absolue, continue partout et non dérivable en 0, fait l'affaire. En produire plusieurs n'ajoute rien.

La démonstration par récurrence

C'est le mode de raisonnement le plus demandé de l'épreuve, et celui dont la rédaction est la plus codifiée. Il démontre une propriété P(n)P(n) pour tous les entiers à partir d'un rang, en deux vérifications finies.

Faites défiler l'animation, ou cliquez une étape pour y sauter. La dernière étape montre l'erreur qui coûte le plus de points.

Animation · 6 étapes

Les deux temps d'une démonstration par récurrence

  1. L'énoncéUne propriété P(n) qui dépend d'un entier. Pour l'instant on ne sait rien : aucun rang n'est vérifié.
  2. InitialisationOn vérifie P au premier rang, à la main. C'est un calcul, pas un raisonnement : la première tuile tombe.
  3. HéréditéOn suppose P(k) vraie pour un k quelconque, et on en déduit P(k+1). On ne démontre pas P(k) : on le suppose, et c'est légitime.
  4. La chaîne se propageL'implication vaut pour tout k. Elle transporte donc la vérité du premier rang au suivant, puis au suivant, sans jamais s'arrêter.
  5. ConclusionTous les rangs sont atteints. C'est le principe de récurrence : deux vérifications finies suffisent à couvrir une infinité de cas.
  6. L'erreur classique : hérédité seuleSans initialisation, l'implication reste vraie et ne sert à rien : aucune tuile ne tombe. Une hérédité impeccable sans premier rang ne démontre rien.

La rédaction attendue tient en trois temps, et il faut les écrire tous les trois.

Initialisation. On vérifie P(n0)P(n_0) au premier rang, par le calcul. Une ligne suffit, mais elle est obligatoire : sans elle, l'hérédité ne démontre rien.

Hérédité. On suppose P(k)P(k) vraie pour un entier kn0k \geqslant n_0 quelconque mais fixé — c'est l'hypothèse de récurrence — et on démontre P(k+1)P(k+1). On ne suppose pas ce qu'on veut démontrer : on suppose le rang kk, on établit le rang k+1k+1.

Conclusion. On invoque le principe de récurrence : P(n)P(n) est vraie pour tout nn0n \geqslant n_0.

Sur l'exemple de l'animation, avec Sn=1+2++nS_n = 1 + 2 + \cdots + n et P(n):Sn=n(n+1)2P(n) : S_n = \dfrac{n(n+1)}{2} :

Sk+1=Sk+(k+1)=k(k+1)2+(k+1)=(k+1)(k2+1)=(k+1)(k+2)2S_{k+1} = S_k + (k+1) = \frac{k(k+1)}{2} + (k+1) = (k+1)\left(\frac{k}{2} + 1\right) = \frac{(k+1)(k+2)}{2}

et c'est bien P(k+1)P(k+1). La seule étape où l'on a le droit d'utiliser P(k)P(k) est la première égalité : elle doit être signalée, sinon la démonstration est circulaire.

Choisir sa méthode

Devant une question, le mode de démonstration se lit souvent dans la forme de l'énoncé.

L'énoncé demande…Méthode à essayer d'abord
« Montrer que PQP \Leftrightarrow Q »Deux implications, séparées et annoncées
Une implication dont l'hypothèse est peu maniableLa contraposée
« Montrer qu'il n'existe pas… »L'absurde
« Montrer que la propriété est fausse »Un contre-exemple
Une propriété portant sur tout entier nnLa récurrence
Une propriété d'un objet quelconque, sans entierLe raisonnement direct

À vous

Exercice de code

Complétez les deux fonctions, puis lisez la table : la contraposée doit donner exactement la même colonne que l'implication.

Point de départ

// Une implication P ⇒ Q n'est FAUSSE que dans un seul cas.
// Écrivez-la, puis écrivez sa contraposée ¬Q ⇒ ¬P.

const implique = (p, q) => true;       // à corriger
const contraposee = (p, q) => true;    // à corriger, en réutilisant implique

// Les quatre cas possibles, dans l'ordre du cours.
console.log("P      Q      P⇒Q    ¬Q⇒¬P");
for (const p of [true, false]) {
  for (const q of [true, false]) {
    console.log(String(p).padEnd(6), String(q).padEnd(6),
                String(implique(p, q)).padEnd(6), contraposee(p, q));
  }
}
// attendu : les deux dernières colonnes identiques,
// et false uniquement à la ligne P = true, Q = false.

Solution

// P ⇒ Q se lit « P ne peut pas être vraie sans Q » :
// elle n'est fausse que si P est vraie et Q fausse.
const implique = (p, q) => !p || q;

// La contraposée n'est pas une nouvelle définition : c'est la même
// implication, appliquée aux négations et lue dans l'autre sens.
const contraposee = (p, q) => implique(!q, !p);

console.log("P      Q      P⇒Q    ¬Q⇒¬P");
for (const p of [true, false]) {
  for (const q of [true, false]) {
    console.log(String(p).padEnd(6), String(q).padEnd(6),
                String(implique(p, q)).padEnd(6), contraposee(p, q));
  }
}
// Les colonnes coïncident sur les quatre lignes : c'est exactement ce que
// veut dire « une implication et sa contraposée sont équivalentes ».
// Démontrer l'une, c'est démontrer l'autre — et on choisit la plus facile.

À retenir

Flashcards · 5 cartes

Quand une implication P ⇒ Q est-elle fausse ?
Dans un seul cas : P vraie et Q fausse. Si P est fausse, l'implication est vraie quoi qu'il arrive.
Contraposée ou réciproque de P ⇒ Q : laquelle est équivalente ?
La contraposée ¬Q ⇒ ¬P, toujours. La réciproque Q ⇒ P est un autre énoncé, souvent faux.
Quelle est la négation de « ∀x, P(x) » ?
∃x, ¬P(x). On échange le quantificateur et on nie la conclusion — jamais « ∀x, ¬P(x) ».
Que démontre une hérédité sans initialisation ?
Rien du tout. L'implication P(k) ⇒ P(k+1) peut être parfaitement vraie sans qu'aucun rang ne le soit.
Combien d'exemples faut-il pour démontrer un « pour tout » ?
Aucun nombre ne suffit. Un exemple illustre, il ne démontre pas ; en revanche un seul contre-exemple réfute.