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Mathématiques · C2 Analyse · Chapitre 1 · 10 h

Suites numériques

Monotonie, majoration, convergence, suites adjacentes et suites récurrentes u(n+1) = f(u(n)).

Une suite est une fonction dont la variable est un entier. Cette phrase n'a l'air de rien, et elle contient tout : les questions qu'on pose aux suites sont celles qu'on pose aux fonctions — sens de variation, bornes, comportement à l'infini — avec un avantage décisif, la possibilité de raisonner de proche en proche.

Deux façons de définir une suite

La différence n'est pas cosmétique : elle décide de la méthode pour tout le reste du problème.

Forme explicite. unu_n s'exprime directement en fonction de nn : un=3n25u_n = 3n^2 - 5. On calcule u100u_{100} sans connaître u99u_{99}. Les variations s'étudient comme celles d'une fonction.

Forme récurrente. un+1u_{n+1} s'exprime en fonction de unu_n : u0=1u_0 = 1 et un+1=0,5un+3u_{n+1} = 0{,}5\,u_n + 3. On ne peut pas atteindre u100u_{100} sans passer par les 99 précédents. Toute propriété valable pour tout nn se démontre alors par récurrence — il n'y a pas d'alternative.

Quiz · 1 question

La suite définie par u(0) = 2 et u(n+1) = √(u(n) + 6) est-elle majorée par 3 ?

  • Oui, et cela se vérifie en calculant les premiers termesobservation
  • Oui, et cela se démontre par récurrencedémonstration
  • On ne peut pas le savoir sans forme expliciteimpossible

Réponse : Calculer vingt termes ne démontre rien sur les suivants. La récurrence, elle, conclut : si u(k) ≤ 3 alors u(k+1) = √(u(k)+6) ≤ √9 = 3. Une observation numérique oriente, elle ne prouve pas.

Le raisonnement par récurrence

C'est l'outil central du chapitre, et il vient d'être installé au bloc I. On le rappelle ici dans son usage propre aux suites : établir qu'une propriété — une majoration, une monotonie, une formule explicite — vaut à tous les rangs.

Animation · 6 étapes

Les deux temps d'une démonstration par récurrence

  1. L'énoncéUne propriété P(n) qui dépend d'un entier. Pour l'instant on ne sait rien : aucun rang n'est vérifié.
  2. InitialisationOn vérifie P au premier rang, à la main. C'est un calcul, pas un raisonnement : la première tuile tombe.
  3. HéréditéOn suppose P(k) vraie pour un k quelconque, et on en déduit P(k+1). On ne démontre pas P(k) : on le suppose, et c'est légitime.
  4. La chaîne se propageL'implication vaut pour tout k. Elle transporte donc la vérité du premier rang au suivant, puis au suivant, sans jamais s'arrêter.
  5. ConclusionTous les rangs sont atteints. C'est le principe de récurrence : deux vérifications finies suffisent à couvrir une infinité de cas.
  6. L'erreur classique : hérédité seuleSans initialisation, l'implication reste vraie et ne sert à rien : aucune tuile ne tombe. Une hérédité impeccable sans premier rang ne démontre rien.

Sur une suite récurrente, l'hérédité consiste presque toujours à partir de l'hypothèse et appliquer la relation de récurrence. Si l'on suppose uk3u_k \leqslant 3 et que un+1=f(un)u_{n+1} = f(u_n) avec ff croissante, alors uk+1=f(uk)f(3)u_{k+1} = f(u_k) \leqslant f(3), et il reste à vérifier que f(3)3f(3) \leqslant 3. La croissance de ff est ce qui autorise le passage à l'inégalité : sans elle, le raisonnement tombe.

Sens de variation

Trois méthodes, à choisir selon la forme de la suite.

Le signe de un+1unu_{n+1} - u_n. La méthode par défaut. Si la différence est positive pour tout nn, la suite croît.

Le quotient un+1/unu_{n+1}/u_n, comparé à 1. Réservé aux suites strictement positives — sans cette hypothèse, comparer un quotient à 1 n'a aucun sens, et c'est une faute fréquente.

L'étude d'une fonction. Si un=f(n)u_n = f(n) sous forme explicite, le sens de variation de ff sur [0;+[[0;+\infty[ donne celui de la suite. Attention : la réciproque est fausse, une suite peut croître sans que ff soit monotone entre les entiers.

Une suite peut aussi n'être ni croissante ni décroissante : un=(1)nu_n = (-1)^n n'a pas de sens de variation, et le dire est une réponse valable.

Suites arithmétiques et géométriques

Ce sont les deux modèles à reconnaître d'un coup d'œil, car tout y est calculable.

ArithmétiqueGéométrique
Relationun+1=un+ru_{n+1} = u_n + run+1=qunu_{n+1} = q\,u_n
Terme généralun=u0+nru_n = u_0 + nrun=u0qnu_n = u_0\,q^n
Reconnaissancedifférence constantequotient constant
Somme des n+1n+1 premiers(n+1)u0+un2(n+1)\dfrac{u_0 + u_n}{2}u01qn+11qu_0\dfrac{1-q^{n+1}}{1-q} si q1q \neq 1

La somme arithmétique se retient par sa forme : nombre de termes multiplié par la moyenne des extrêmes. La somme géométrique, elle, se retient par « premier terme ×\times (1raisonnombre de termes)/(1raison)(1 - \text{raison}^{\text{nombre de termes}}) / (1 - \text{raison}) ».

Le comportement à l'infini de qnq^n décide de tout le reste :

limn+qn={0si 1<q<11si q=1+si q>1pas de limitesi q1\lim_{n \to +\infty} q^n = \begin{cases} 0 & \text{si } -1 < q < 1 \\ 1 & \text{si } q = 1 \\ +\infty & \text{si } q > 1 \\ \text{pas de limite} & \text{si } q \leqslant -1 \end{cases}

Quiz · 1 question

La suite u(n) = 5 × (−0,8)^n converge-t-elle ?

  • Non, elle alterne de signe donc elle divergealternance
  • Oui, vers 0, car la valeur absolue de la raison est inférieure à 1|q| < 1
  • Oui, vers 5, la valeur du premier termepremier terme

Réponse : Seule la valeur absolue de la raison compte : |−0,8| < 1 donc (−0,8)^n tend vers 0. La suite alterne bien de signe, mais son amplitude s'écrase — alterner et diverger sont deux choses distinctes.

Suites majorées, minorées, bornées

(un)(u_n) est majorée s'il existe un réel MM tel que unMu_n \leqslant M pour tout nn. Minorée de même, avec une inégalité inversée. Bornée signifie les deux.

Le mot important est existe : on n'a pas à trouver le plus petit majorant, seulement à en exhiber un. Dans une copie, produire un majorant et le justifier suffit.

Convergence

(un)(u_n) converge vers \ell si tout intervalle ouvert contenant \ell contient tous les termes de la suite à partir d'un certain rang. Une suite qui ne converge pas diverge — soit vers ±\pm\infty, soit sans limite du tout, comme (1)n(-1)^n.

Deux théorèmes portent l'essentiel des exercices.

Convergence monotone. Toute suite croissante et majorée converge. Toute suite décroissante et minorée converge.

C'est le théorème le plus utile du chapitre, et le plus mal cité. Il affirme l'existence d'une limite, il ne la donne pas. Une suite croissante majorée par 10 peut très bien converger vers 6. Écrire « donc elle converge vers 10 » est faux.

Théorème des gendarmes. Si vnunwnv_n \leqslant u_n \leqslant w_n à partir d'un certain rang et si (vn)(v_n) et (wn)(w_n) convergent vers la même limite \ell, alors (un)(u_n) converge vers \ell. La condition « même limite » n'est pas négociable.

Un corollaire s'emploie constamment : si unvn|u_n - \ell| \leqslant v_n avec vn0v_n \to 0, alors unu_n \to \ell. C'est la forme sous laquelle on conclut la plupart des exercices de convergence.

Quiz · 1 question

Une suite est croissante et majorée par 10. Que peut-on affirmer ?

  • Elle converge vers 10le majorant
  • Elle converge, vers une limite inférieure ou égale à 10existence seule
  • Elle converge vers son premier termele départ

Réponse : Le théorème donne l'existence de la limite, pas sa valeur. Elle est nécessairement ≤ 10, mais peut valoir n'importe quoi en dessous. Confondre « majorée par 10 » et « converge vers 10 » est l'erreur la plus coûteuse du chapitre.

Suites récurrentes : la méthode complète

Pour un+1=f(un)u_{n+1} = f(u_n), l'exercice suit presque toujours le même déroulé.

  1. Conjecturer en calculant quelques termes : la suite semble croissante, majorée par 6.
  2. Démontrer la majoration par récurrence.
  3. Démontrer la monotonie, par récurrence ou par le signe de un+1unu_{n+1} - u_n.
  4. Conclure à l'existence de la limite par convergence monotone.
  5. Calculer cette limite : elle vérifie =f()\ell = f(\ell), l'équation du point fixe.

L'étape 5 mérite une précaution : =f()\ell = f(\ell) ne vaut que si ff est continue en \ell, ce qui est le cas de toutes les fonctions du programme mais doit être mentionné. Et l'équation peut avoir plusieurs solutions : on tranche avec les bornes obtenues à l'étape 2.

Une variante fréquente évite tout cela : montrer que vn=unv_n = u_n - \ell est géométrique. On obtient alors la forme explicite, donc la limite, sans invoquer aucun théorème d'existence.

À vous

Exercice de code

Calculez les premiers termes, trouvez le point fixe, puis vérifiez que l'écart à la limite est géométrique.

Point de départ

// Une suite définie par récurrence ne se devine pas : on la calcule.
// u(0) = 1 et u(n+1) = 0.5 * u(n) + 3.

function termes(n) {
  const u = [1];
  for (let k = 0; k < n; k++) {
    u.push(0); // à corriger : appliquer la relation de récurrence
  }
  return u;
}

const suite = termes(12);
console.log(suite.map((x) => x.toFixed(4)).join(" "));

// 1. La suite semble-t-elle croissante ? majorée ?
// 2. Le point fixe L vérifie L = 0.5*L + 3. Que vaut-il ?
const pointFixe = 0; // à corriger
console.log("point fixe :", pointFixe);

// 3. La différence u(n) - L doit être géométrique de raison 0.5.
console.log(suite.map((x) => (x - pointFixe).toExponential(2)).join(" "));

Solution

function termes(n) {
  const u = [1];
  for (let k = 0; k < n; k++) {
    u.push(0.5 * u[k] + 3);
  }
  return u;
}

const suite = termes(12);
console.log(suite.map((x) => x.toFixed(4)).join(" "));

// L = 0.5L + 3  ⇔  0.5L = 3  ⇔  L = 6.
const pointFixe = 6;
console.log("point fixe :", pointFixe);

// v(n) = u(n) − 6 est géométrique de raison 0.5 : chaque terme est la moitié
// du précédent, et tend donc vers 0. C'est la démonstration de la convergence
// vers 6, écrite en trois lignes plutôt qu'observée sur un tableau.
console.log(suite.map((x) => (x - pointFixe).toExponential(2)).join(" "));

À retenir

Flashcards · 5 cartes

Suite définie par récurrence : comment démontrer une propriété valable pour tout n ?
Par récurrence — il n'y a pas d'autre voie. Calculer des termes oriente la conjecture, ne démontre rien.
Que donne exactement le théorème de convergence monotone ?
L'EXISTENCE d'une limite, jamais sa valeur. Une suite croissante majorée par 10 converge vers un réel ≤ 10, pas vers 10.
Quand q^n tend-il vers 0 ?
Quand |q| < 1, signe compris. Pour q ≤ −1 la suite n'a pas de limite ; pour q > 1 elle tend vers +∞.
Comment trouve-t-on la limite d'une suite récurrente convergente ?
Elle vérifie ℓ = f(ℓ), à condition que f soit continue en ℓ. On départage les solutions avec les bornes déjà établies.
Quelle hypothèse le critère du quotient exige-t-il ?
Que la suite soit strictement positive. Comparer u(n+1)/u(n) à 1 n'a aucun sens sinon.