cursus.

Cours 1 · Outils de baseLeçon 3 sur 4

Barycentre

6 h de lecture8 sections Version PDF

À la fin de cette leçon, vous saurez

Le barycentre comme outil : associativité, lignes de niveau, recherche de lieux géométriques.

Le barycentre n'est pas un chapitre de géométrie parmi d'autres : c'est un outil de réduction. Sa fonction est de remplacer une somme de vecteurs ou de distances par une seule, rapportée à un point unique. Une expression qui dépend de trois points devient une expression qui dépend d'un seul, et un lieu géométrique inextricable devient un cercle. Tout le chapitre tient dans ce mouvement.

Deux points pondérés

Soient AA et BB deux points et α,β\alpha, \beta deux réels tels que α+β0\alpha + \beta \neq 0. Le barycentre GG du système {(A,α),(B,β)}\{(A,\alpha),(B,\beta)\} est l'unique point vérifiant

αGA+βGB=0\alpha\,\overrightarrow{GA} + \beta\,\overrightarrow{GB} = \vec{0}

La condition α+β0\alpha + \beta \neq 0 n'est pas une formalité : si la somme des coefficients est nulle, aucun point ne convient et le barycentre n'existe pas. C'est la première chose à vérifier, et la première ligne attendue en copie.

Deux propriétés se déduisent immédiatement de la définition.

Homogénéité. Multiplier tous les coefficients par un même réel k0k \neq 0 ne change pas GG. On peut donc toujours simplifier : {(A,4),(B,6)}\{(A,4),(B,6)\} et {(A,2),(B,3)}\{(A,2),(B,3)\} ont le même barycentre. En pratique, on réduit avant de calculer.

Position. GG appartient à la droite (AB)(AB), et plus précisément

AG=βα+βAB\overrightarrow{AG} = \frac{\beta}{\alpha+\beta}\,\overrightarrow{AB}

Si α\alpha et β\beta sont de même signe, GG est entre AA et BB, plus près du point le plus lourd. Avec des coefficients de signes contraires, GG sort du segment.

Quiz · vérifiez votre compréhension Sans réponse

Où se trouve le barycentre de {(A, 3), (B, 1)} ?

La propriété fondamentale

Elle porte tout le reste du chapitre. Si GG est le barycentre de {(A,α),(B,β)}\{(A,\alpha),(B,\beta)\}, alors pour tout point MM du plan :

αMA+βMB=(α+β)MG\alpha\,\overrightarrow{MA} + \beta\,\overrightarrow{MB} = (\alpha+\beta)\,\overrightarrow{MG}

La démonstration tient en une ligne — insérer GG par la relation de Chasles dans chaque vecteur — mais l'usage est considérable : une somme de deux vecteurs variables devient un seul vecteur variable. C'est cette réduction qu'on cherchera systématiquement.

En prenant M=OM = O l'origine d'un repère, on obtient la formule de calcul :

xG=αxA+βxBα+βyG=αyA+βyBα+βx_G = \frac{\alpha x_A + \beta x_B}{\alpha + \beta} \qquad y_G = \frac{\alpha y_A + \beta y_B}{\alpha + \beta}

Chaque coordonnée est la moyenne des coordonnées, pondérée par les coefficients. Rien de plus.

nn points, et l'isobarycentre

La définition s'étend sans changement à nn points pondérés, sous la même condition que la somme des coefficients soit non nulle :

i=1nαiGAi=0et donci=1nαiMAi=(i=1nαi)MG\sum_{i=1}^{n} \alpha_i \, \overrightarrow{GA_i} = \vec{0} \qquad\text{et donc}\qquad \sum_{i=1}^{n} \alpha_i \, \overrightarrow{MA_i} = \left(\sum_{i=1}^{n}\alpha_i\right) \overrightarrow{MG}

Quand tous les coefficients sont égaux, GG s'appelle l'isobarycentre. Pour deux points, c'est le milieu ; pour un triangle, c'est le centre de gravité, point de concours des médianes, situé aux deux tiers de chaque médiane à partir du sommet : AG=23AA\overrightarrow{AG} = \frac{2}{3}\overrightarrow{AA'}, où AA' est le milieu de [BC][BC].

Ce résultat classique n'a pas à être admis : il se démontre en trois lignes par associativité, et c'est justement l'objet de la section suivante.

L'associativité

C'est le théorème le plus utile du chapitre. Dans un système de points pondérés, on peut remplacer un sous-groupe de points par leur barycentre partiel, affecté de la somme de leurs coefficients, sans changer le barycentre global.

L'animation construit G=bar{(A,2),(B,1),(C,1)}G = \mathrm{bar}\{(A,2),(B,1),(C,1)\} des deux façons, puis fait varier le coefficient de CC.

Animation · étape 1 / 50:00 / 0:15

Un barycentre ne se calcule pas sur des points, mais sur des points AFFECTÉS de coefficients. Changer les coefficients change le résultat.

Prêt à lancer · 0:00 / 0:15
Étapes

Sur l'exemple : I=bar{(A,2),(B,1)}I = \mathrm{bar}\{(A,2),(B,1)\} est sur [AB][AB], et G=bar{(I,3),(C,1)}G = \mathrm{bar}\{(I,3),(C,1)\} est sur [IC][IC]. Le coefficient de II est 2+1=32+1 = 3, et l'oublier est l'erreur qui coûte le plus de points dans ce chapitre : on écrit II avec son ancien coefficient, ou avec 11, et tout le reste s'effondre.

L'intérêt est double. D'une part, un problème à trois points devient un problème à deux, où GG se lit sur un segment. D'autre part, l'associativité démontre des alignements : dire que GG est le barycentre de II et CC, c'est exactement dire que GG, II et CC sont alignés. C'est ainsi qu'on établit le concours des médianes — l'isobarycentre de AA, BB, CC est aussi le barycentre de AA' (milieu de [BC][BC], donc de coefficient 22) et de AA, donc il est sur la médiane (AA)(AA') ; le même raisonnement sur les deux autres médianes conclut.

Quiz · vérifiez votre compréhension Sans réponse

G est le barycentre de {(A,1), (B,2), (C,3)} et I celui de {(B,2), (C,3)}. Quel système admet aussi G pour barycentre ?

Lignes de niveau

C'est l'application qui tombe à l'épreuve. On cherche l'ensemble des points MM vérifiant une égalité, et la méthode est toujours la même : réduire à l'aide d'un barycentre bien choisi, jusqu'à reconnaître une figure élémentaire.

Ligne de niveau de αMA+βMB=k\left\lVert \alpha\overrightarrow{MA} + \beta\overrightarrow{MB} \right\rVert = k. La propriété fondamentale donne α+β×MG=k\lvert \alpha+\beta \rvert \times MG = k, donc MG=kα+βMG = \dfrac{k}{\lvert \alpha+\beta \rvert} : le lieu est le cercle de centre GG et de ce rayon — ou un point si k=0k = 0, ou l'ensemble vide si kk est négatif.

Ligne de niveau de αMA2+βMB2=k\alpha MA^2 + \beta MB^2 = k. En introduisant le barycentre GG et en développant MA=MG+GA\overrightarrow{MA} = \overrightarrow{MG} + \overrightarrow{GA} :

αMA2+βMB2=(α+β)MG2+αGA2+βGB2\alpha MA^2 + \beta MB^2 = (\alpha+\beta)\,MG^2 + \alpha\,GA^2 + \beta\,GB^2

Les deux derniers termes sont des constantes : elles ne dépendent pas de MM. L'égalité se ramène donc à MG2=constanteMG^2 = \text{constante}, et le lieu est encore un cercle de centre GG — vide si la constante obtenue est strictement négative.

Ligne de niveau de MAMB=k\overrightarrow{MA} \cdot \overrightarrow{MB} = k. Avec II le milieu de [AB][AB], on établit MAMB=MI2AB24\overrightarrow{MA} \cdot \overrightarrow{MB} = MI^2 - \dfrac{AB^2}{4}, d'où un cercle de centre II. Le cas k=0k = 0 redonne le cercle de diamètre [AB][AB].

La constante est le seul endroit où l'on calcule vraiment ; le reste est mécanique. Et dans les trois cas, la conclusion doit discuter le signe : un rayon au carré négatif donne l'ensemble vide, et l'oublier coûte les derniers points de la question.

Méthode : un lieu géométrique, pas à pas

ÉtapeCe qu'on fait
1Vérifier que la somme des coefficients n'est pas nulle
2Nommer GG le barycentre du système qui apparaît dans l'égalité
3Réduire la somme de vecteurs, ou développer les carrés autour de GG
4Isoler MGMG ou MG2MG^2
5Discuter selon kk : cercle, point, ou ensemble vide

Si la somme des coefficients est nulle, la réduction échoue — mais elle échoue utilement : la somme αMA+βMB\alpha\overrightarrow{MA} + \beta\overrightarrow{MB} devient alors un vecteur constant, indépendant de MM, et le lieu est une droite. Ce cas est un sujet d'exercice à part entière, et non un accident.

À vous

Exercice · JavaScript · à vous de jouer

Écrivez la fonction barycentre, puis vérifiez que les deux chemins — direct et par associativité — donnent le même point.

En attente
// Chaque coordonnée de G est la moyenne des coordonnées, pondérée
// par les coefficients. Écrivez-la une seule fois, pour une liste
// de couples [point, coefficient].
const A = { x: 1, y: 2 };
const B = { x: 7, y: 0 };
const C = { x: 4, y: 6 };

const barycentre = (ponderes) => ({ x: 0, y: 0 }); // à corriger

// Le chemin direct.
const G = barycentre([[A, 2], [B, 1], [C, 1]]);

// Le chemin par associativité : on regroupe A et B en I,
// affecté de la SOMME de leurs coefficients.
const I = barycentre([[A, 2], [B, 1]]);
const G2 = barycentre([[I, 3], [C, 1]]);

console.log(G.x, G.y);    // attendu : 3.25 2.5
console.log(G2.x, G2.y);  // attendu : le même point

Console de sortie
Le résultat s'affiche dans la console

À retenir

Flashcards · 1 / 5Toucher pour retourner
Fin de la leçon

Vous avez parcouru les 8 sections.

Marquez-la terminée pour faire avancer votre parcours, ou revenez sur un point avant de passer à la suite.