Diffraction, fentes d'Young, effet photoélectrique et modèle du photon, dualité onde-corpuscule.
Ce chapitre est le seul du programme où la physique se contredit — et l'assume. Deux séries d'expériences donnent deux réponses incompatibles à la même question : qu'est-ce que la lumière. Aucune des deux n'est fausse, et il faut les garder toutes les deux.
La démarche est aussi importante que le résultat : on ne décrète pas la nature de la lumière, on l'infère de ce qu'elle fait.
Ce qui prouve que la lumière est une onde
La diffraction. Lorsqu'une lumière traverse une fente de largeur comparable à sa longueur d'onde, elle s'étale au lieu de suivre les lois de l'optique géométrique. L'écart angulaire de la tache centrale vaut
et sa largeur sur un écran placé à la distance :
Le phénomène est d'autant plus marqué que la fente est étroite : rétrécir l'ouverture élargit la tache, ce qui est exactement l'inverse de ce que prédirait la propagation rectiligne. Une onde contourne un obstacle ; un flux de particules ne le fait pas.
Les interférences. Le dispositif des fentes d'Young — une source, puis deux fentes fines distantes de , puis un écran à la distance — donne des franges alternativement brillantes et sombres, régulièrement espacées de l'interfrange
Le raisonnement est celui du chapitre précédent, transposé mot pour mot. La différence de marche au point d'abscisse de l'écran vaut
et la frange est brillante si , sombre si .
Deux points valent d'être notés. L'interfrange est inversement proportionnel à l'écartement des fentes : les rapprocher étale la figure, et c'est ce qui la rend observable. Et il dépend de la longueur d'onde — le bleu donne des franges plus serrées que le rouge — d'où les franges irisées en lumière blanche.
Ces deux expériences ne laissent aucune échappatoire : seule une onde interfère. Deux grains de matière qui se rencontrent ne peuvent pas donner de l'obscurité.
On rétrécit la fente d'un dispositif de diffraction. Que devient la tache centrale ?
Ce qui prouve que la lumière est faite de grains
L'effet photoélectrique. Une plaque métallique éclairée peut émettre des électrons. Trois observations, et aucune n'est explicable par une onde.
Il existe une fréquence seuil , propre au métal, en dessous de laquelle aucun électron n'est émis, même sous un éclairement intense et prolongé. Une onde, elle, devrait finir par accumuler assez d'énergie.
Au-dessus du seuil, l'émission est immédiate, même sous un éclairement très faible. Une onde demanderait un temps d'accumulation mesurable.
L'intensité lumineuse augmente le nombre d'électrons émis, jamais leur énergie. Seule la fréquence détermine cette énergie.
Einstein en tire l'hypothèse du photon : la lumière transporte son énergie par paquets indivisibles, de valeur
Un électron ne peut absorber qu'un photon entier. S'il faut l'énergie — le travail d'extraction — pour l'arracher au métal, le bilan s'écrit
Tout s'explique alors. Le seuil : un photon trop peu énergétique ne suffit pas, et deux photons insuffisants ne s'additionnent pas. L'immédiateté : il n'y a rien à accumuler. Et le rôle de l'intensité : plus de photons, donc plus d'électrons, chacun emportant la même énergie.
Les valeurs en jeu se manipulent en électronvolts : eV J. Convertir avant de comparer est l'erreur la plus fréquente de l'exercice type.
On éclaire un métal avec une lumière de fréquence inférieure au seuil, mais très intense et pendant longtemps. Qu'observe-t-on ?
La dualité onde-corpuscule
Les deux modèles sont vrais, et aucun ne l'est seul.
| Modèle | Ce qu'il explique | Ce qu'il ne peut pas expliquer |
|---|---|---|
| Ondulatoire | diffraction, interférences, couleurs | effet photoélectrique, seuil |
| Corpusculaire | effet photoélectrique, spectres | interférences, diffraction |
La physique moderne ne tranche pas : elle constate que la lumière se comporte comme une onde dans certaines expériences et comme un flux de particules dans d'autres, et qu'aucune expérience ne révèle les deux aspects en même temps. Le photon n'est ni une petite bille ni une vibration : c'est un objet dont notre vocabulaire, forgé sur des objets à notre échelle, ne rend compte que par moitiés.
Deux relations le résument, et elles font le pont entre les deux langages :
La première est corpusculaire — une énergie de grain. La seconde est ondulatoire — une longueur d'onde. Elles portent sur le même objet, et c'est tout le problème.
Cette dualité n'est d'ailleurs pas propre à la lumière : de Broglie a montré qu'un électron diffracte lui aussi, ce que le chapitre suivant mettra à profit pour comprendre pourquoi l'énergie d'un atome est quantifiée.
À vous
Calculez l'interfrange et la nature des franges d'un dispositif d'Young, puis observez ce que devient la figure quand on change la couleur ou l'écartement des fentes.
// Dispositif des fentes d'Young : deux fentes distantes de a, // un écran à la distance D, une source de longueur d'onde lambda. const a = 0.50e-3, D = 2.0, lambda = 633e-9; // 1. L'interfrange, distance entre deux franges consécutives. const interfrange = (lambda, D, a) => 0; // à corriger // 2. La différence de marche au point d'abscisse x de l'écran, // puis la nature de la frange qui s'y trouve. const marche = (x) => 0; // à corriger const nature = (x) => ""; // "brillante" ou "sombre" console.log((interfrange(lambda, D, a) * 1e3).toFixed(2)); // attendu : 2.53 console.log(nature(0)); // brillante console.log(nature(2.53e-3)); // ? console.log(nature(1.27e-3)); // ? // 3. Que devient l'interfrange si l'on rapproche les deux fentes ? // Et si l'on passe du rouge (633 nm) au bleu (450 nm) ?
Deux exercices de bac
Mesure d'une longueur d'onde par interférences
Un dispositif de fentes d'Young, dont les fentes sont distantes de mm, est éclairé par un laser. Sur un écran placé à m, on mesure une distance de mm entre la première et la sixième frange brillante d'un même côté de la frange centrale.
- Déterminer l'interfrange.
- En déduire la longueur d'onde du laser.
- Que deviendrait l'interfrange si l'on remplaçait ce laser par un laser vert de nm ?
Effet photoélectrique sur le potassium
Le travail d'extraction du potassium vaut eV. On éclaire une plaque de potassium avec une radiation de longueur d'onde nm. On donne J·s, m/s et eV J.
- Calculer l'énergie d'un photon incident, en joules puis en électronvolts.
- L'effet photoélectrique se produit-il ?
- Calculer l'énergie cinétique maximale des électrons émis, et la longueur d'onde seuil du potassium.
À retenir
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