Chapitre 1 · 12 h
Nombres complexes
Passer d'une forme à l'autre : algébrique, trigonométrique, exponentielle ; Moivre, Euler, racines n-ièmes.
On introduit tel que pour une raison d'algèbre — donner des racines à tous les trinômes — et l'on découvre un outil de géométrie. C'est ce double statut qui fait la richesse du chapitre : tout calcul algébrique sur les complexes a une lecture géométrique, et réciproquement.
Forme algébrique
Tout complexe s'écrit de manière unique avec et réels. On appelle la partie réelle et la partie imaginaire — qui est un réel, malgré son nom.
L'unicité est l'outil de démonstration principal : deux complexes sont égaux si et seulement si leurs parties réelles et imaginaires le sont. Une équation complexe équivaut donc à un système de deux équations réelles.
Les opérations se font comme sur les polynômes, en remplaçant par :
Le conjugué de est . Il vérifie , , et surtout
qui est un réel positif. C'est ce produit qui permet de diviser : pour rendre un quotient sous forme algébrique, on multiplie haut et bas par le conjugué du dénominateur.
Deux caractérisations à retenir : est réel si et seulement si ; est imaginaire pur si et seulement si .
Plan complexe
À on associe le point , son image, et réciproquement est l'affixe de . Le plan devient ainsi une représentation des complexes, et les opérations y prennent un sens.
Le module est une distance. C'est la traduction qui résout presque tous les exercices de lieux géométriques : signifie , donc décrit le cercle de centre et de rayon . Et signifie , donc la médiatrice de .
Quiz · 1 question
Quel est l'ensemble des points M d'affixe z tels que |z − 2 + i| = 3 ?
- Le cercle de centre d'affixe 2 − i et de rayon 3 — signe lu tel quel
- Le cercle de centre d'affixe −2 + i et de rayon 3 — signe inversé
- La médiatrice d'un segment — médiatrice
Réponse : On réécrit |z − (2 − i)| = 3 : le centre a pour affixe 2 − i. Le piège est le signe — dans |z − z_A|, l'affixe du centre est ce qu'on SOUSTRAIT, donc il faut factoriser le moins avant de lire.
Forme trigonométrique
Pour , on peut écrire
où et , défini modulo . L'argument est une mesure de l'angle entre l'axe des abscisses et .
Zéro n'a pas d'argument : sa direction n'est pas définie. Écrire est une faute.
Le passage d'une forme à l'autre est mécanique. De l'algébrique vers la trigonométrique : on calcule , on factorise, et l'on reconnaît le cosinus et le sinus dans ce qui reste. De la trigonométrique vers l'algébrique : on développe.
Pourquoi deux formes ? Parce qu'elles ne servent pas aux mêmes opérations. L'addition est simple en algébrique, illisible en trigonométrique. La multiplication est l'inverse :
Les modules se multiplient, les arguments s'ajoutent. Choisir la forme adaptée à l'opération demandée est le premier réflexe du chapitre.
Cette règle a une lecture géométrique décisive : multiplier par , c'est effectuer une rotation d'angle suivie d'un agrandissement de rapport . Toute la leçon suivante en découle.
Quiz · 1 question
Par quoi multiplier un complexe pour faire tourner son image d'un quart de tour direct autour de O ?
- Par −1 — demi-tour
- Par i — quart de tour
- Par 1/2 — réduction
Réponse : i a pour module 1 et pour argument π/2 : multiplier par i conserve la distance à O et ajoute π/2 à l'argument, c'est exactement la rotation d'un quart de tour. Multiplier par −1, d'argument π, donne le demi-tour.
Moivre et Euler
De la règle du produit découle, par récurrence, la formule de Moivre :
Elle rend triviale une puissance qui demanderait autrement développements. Elle sert aussi dans l'autre sens, à linéariser : développer par le binôme et identifier les parties réelles donne en fonction de .
Les formules d'Euler :
Elles transforment un produit de fonctions trigonométriques en somme d'exponentielles, donc un calcul difficile en calcul d'exposants.
Racines -ièmes de l'unité
Les solutions de sont les complexes
Leurs images forment un polygone régulier à côtés inscrit dans le cercle unité, l'un des sommets étant 1. Leur somme est nulle dès que — le centre de gravité d'un polygone régulier est son centre.
Équations du second degré
Pour à coefficients réels et , les solutions sont les deux complexes conjugués
Le sous la racine est positif, donc la racine existe. C'est l'aboutissement algébrique du chapitre : tout trinôme admet des racines, et si les coefficients sont réels, elles sont conjuguées l'une de l'autre.
Interprétations à connaître
| Écriture complexe | Lecture géométrique |
|---|---|
| distance | |
| médiatrice de | |
| angle de avec l'axe des abscisses | |
| réel | , , alignés |
| imaginaire pur | et perpendiculaires |
Les deux dernières lignes portent la plupart des questions de configuration : on traduit une propriété géométrique en une condition sur un quotient, puis on calcule.
À vous
Exercice de code
Vérifiez que le produit multiplie les modules et additionne les arguments, puis appliquez la formule de Moivre.
Point de départ
// Multiplier deux complexes : les modules se multiplient, les arguments
// s'ajoutent. On le vérifie sur les deux écritures.
const mul = (a, b) => ({ re: 0, im: 0 }); // à corriger : (a+ib)(c+id)
const module = (z) => Math.hypot(z.re, z.im);
const argument = (z) => Math.atan2(z.im, z.re);
const deg = (r) => ((r * 180) / Math.PI).toFixed(2);
const z1 = { re: 1, im: 1 }; // module √2, argument 45°
const z2 = { re: 0, im: 2 }; // module 2, argument 90°
const p = mul(z1, z2);
console.log("produit :", p);
console.log("|z1|·|z2| =", (module(z1) * module(z2)).toFixed(6), " |produit| =", module(p).toFixed(6));
console.log("arg z1 + arg z2 =", deg(argument(z1) + argument(z2)), "° arg produit =", deg(argument(p)), "°");
// Élever au cube par la formule de Moivre plutôt que par trois produits.
const moivre = (z, n) => ({ re: 0, im: 0 }); // à corriger
console.log("z1³ par Moivre :", moivre(z1, 3));
Solution
// (a+ib)(c+id) = (ac − bd) + i(ad + bc)
const mul = (a, b) => ({ re: a.re * b.re - a.im * b.im, im: a.re * b.im + a.im * b.re });
const module = (z) => Math.hypot(z.re, z.im);
const argument = (z) => Math.atan2(z.im, z.re);
const deg = (r) => ((r * 180) / Math.PI).toFixed(2);
const z1 = { re: 1, im: 1 };
const z2 = { re: 0, im: 2 };
const p = mul(z1, z2);
console.log("produit :", p); // { re: -2, im: 2 }
console.log("|z1|·|z2| =", (module(z1) * module(z2)).toFixed(6), " |produit| =", module(p).toFixed(6));
console.log("arg z1 + arg z2 =", deg(argument(z1) + argument(z2)), "° arg produit =", deg(argument(p)), "°");
// Moivre : (r·e^(iθ))^n = r^n · e^(inθ). Le calcul devient trivial en
// trigonométrique, là qu'il demandait deux produits en algébrique.
const moivre = (z, n) => {
const r = module(z) ** n;
const t = argument(z) * n;
return { re: r * Math.cos(t), im: r * Math.sin(t) };
};
console.log("z1³ par Moivre :", moivre(z1, 3)); // ≈ { re: -2, im: 2 }
À retenir
Flashcards · 5 cartes
- Quelle forme choisir pour additionner, laquelle pour multiplier ?
- Algébrique pour additionner, trigonométrique pour multiplier ou élever à une puissance : les modules se multiplient et les arguments s'ajoutent.
- Que signifie géométriquement multiplier par r·e^(iθ) ?
- Une rotation d'angle θ autour de O, suivie d'un agrandissement de rapport r. Toute la géométrie des transformations en découle.
- Comment traduire |z − z_A| = |z − z_B| ?
- AM = BM, donc M appartient à la médiatrice de [AB]. Le module est une distance, c'est la clé des lieux géométriques.
- Comment reconnaître trois points alignés avec des affixes ?
- Le quotient (z_C − z_A)/(z_B − z_A) est réel. S'il est imaginaire pur, les droites (AB) et (AC) sont perpendiculaires.
- Que sont les racines n-ièmes de l'unité ?
- Les n complexes e^(2ikπ/n), images des sommets d'un polygone régulier inscrit dans le cercle unité. Leur somme est nulle pour n ≥ 2.