Chapitre 1 · 12 h
Arithmétique
Divisibilité, congruences, PGCD et PPCM, Bézout et Gauss, nombres premiers, systèmes de numération.
L'arithmétique ne travaille que sur les entiers, et cette restriction change tout : une division ne tombe plus juste, et c'est précisément le reste qui devient intéressant. Le chapitre est court en outils et long en raisonnements — c'est celui où l'on démontre le plus, avec le moins de calcul.
Divisibilité et division euclidienne
divise , noté , s'il existe un entier tel que .
La division euclidienne de par fournit un unique couple tel que
L'encadrement du reste fait partie de l'énoncé du théorème : sans lui, l'écriture n'est pas unique, et l'unicité est ce qui donne au reste toute sa valeur. Retenir que .
PGCD et algorithme d'Euclide
Le PGCD de et est le plus grand entier divisant les deux. Il se calcule sans factoriser, par l'observation suivante :
On itère jusqu'à un reste nul ; le dernier reste non nul est le PGCD. C'est l'algorithme d'Euclide, et son efficacité est remarquable : il traite des nombres de plusieurs centaines de chiffres là où la factorisation échoue.
et sont premiers entre eux si . Attention à ne pas confondre avec « nombres premiers » : 8 et 9 sont premiers entre eux sans qu'aucun des deux ne soit premier.
Bézout et Gauss
Théorème de Bézout. et sont premiers entre eux si et seulement s'il existe des entiers et tels que
L'équivalence se lit dans les deux sens, et les deux servent. De gauche à droite, elle fournit un couple qu'on calcule par l'algorithme d'Euclide remonté. De droite à gauche, elle démontre une primalité relative : exhiber une combinaison égale à 1 suffit, sans calculer le moindre PGCD.
Théorème de Gauss. Si et si et sont premiers entre eux, alors .
L'hypothèse de primalité relative est indispensable : sans que 6 divise ni 4 ni 3. C'est le théorème le plus employé du chapitre, et l'oubli de son hypothèse la faute la plus fréquente.
Quiz · 1 question
On sait que 7 divise 5n et que 7 est premier avec 5. Que conclure ?
- 7 divise n, par le théorème de Gauss — Gauss
- 7 divise 5, ce qui est faux donc l'énoncé est absurde — contradiction
- On ne peut rien conclure sans connaître n — insuffisant
Réponse : C'est exactement l'énoncé de Gauss : 7 | 5n, et 7 premier avec 5, donc 7 | n. Sans l'hypothèse de primalité relative la conclusion tomberait — 6 divise 4×3 sans diviser 4 ni 3.
Nombres premiers
est premier s'il n'admet que 1 et lui-même comme diviseurs positifs.
Deux résultats structurent le chapitre. Il existe une infinité de nombres premiers — la démonstration d'Euclide, par l'absurde, tient en trois lignes et tombe régulièrement. Et tout entier se décompose de manière unique en produit de facteurs premiers.
De la décomposition se lisent le nombre de diviseurs, le PGCD et le PPCM. Un test de primalité n'exige d'essayer les diviseurs que jusqu'à : au-delà, le cofacteur serait plus petit et aurait déjà été trouvé.
Cette relation évite de calculer le PPCM séparément.
Congruences
signifie que divise , c'est-à-dire que et ont le même reste dans la division par .
Les congruences se manipulent comme des égalités pour l'addition, la soustraction, la multiplication et l'élévation à une puissance :
Mais pas pour la division. sans que . Simplifier une congruence exige que le facteur soit premier avec le module — c'est encore Gauss.
L'usage principal est de remplacer un calcul par un petit reste. Pour trouver le dernier chiffre de , on travaille modulo 10 : , , , , et le cycle recommence. Comme , on a : le dernier chiffre est 1.
Quiz · 1 question
De 5x ≡ 5y (mod 10), peut-on déduire x ≡ y (mod 10) ?
- Oui, on simplifie par 5 des deux côtés — simplification
- Non : 5 n'est pas premier avec 10 — hypothèse manquante
- Oui, mais seulement si x et y sont positifs — signe
Réponse : Avec x = 1 et y = 3 : 5 ≡ 15 (mod 10) est vrai, mais 1 ≡ 3 (mod 10) est faux. On ne simplifie une congruence que par un facteur premier avec le module. La division est la seule opération que les congruences ne supportent pas librement.
Petit théorème de Fermat
Si est premier et non divisible par :
Il réduit instantanément les grands exposants modulo un nombre premier, et fonde le chiffrement RSA — c'est le pont entre ce chapitre et la cryptographie.
Équations diophantiennes
L'équation en entiers admet des solutions si et seulement si divise . La méthode est fixe :
- Calculer et vérifier que ; sinon, aucune solution.
- Trouver une solution particulière, par l'algorithme d'Euclide remonté.
- Écrire la solution générale : et , entier.
L'étape 3 mérite attention : les coefficients et sont croisés et de signes opposés. Les intervertir donne une famille qui ne vérifie pas l'équation, ce qu'une vérification sur détecte aussitôt.
À vous
Exercice de code
Écrivez l'algorithme d'Euclide, puis sa version étendue qui produit les coefficients de Bézout.
Point de départ
// L'algorithme d'Euclide donne le PGCD. Sa version « étendue » donne en
// prime les coefficients de Bézout, et c'est elle qui résout les équations.
// 1. PGCD par divisions successives.
function pgcd(a, b) {
while (b !== 0) {
// à compléter : remplacer (a, b) par (b, reste de a par b)
}
return a;
}
// 2. Euclide étendu : trouver u et v tels que a·u + b·v = pgcd(a, b).
function bezout(a, b) {
if (b === 0) return { d: a, u: 1, v: 0 };
const { d, u, v } = bezout(b, a % b);
return { d, u: 0, v: 0 }; // à corriger
}
console.log("pgcd(1071, 462) =", pgcd(1071, 462)); // attendu : 21
const { d, u, v } = bezout(1071, 462);
console.log("d =", d, " u =", u, " v =", v);
console.log("vérification :", 1071 * u + 462 * v, "doit valoir", d);
Solution
function pgcd(a, b) {
while (b !== 0) {
[a, b] = [b, a % b];
}
return a;
}
// Si b·u' + (a mod b)·v' = d, alors en écrivant a mod b = a − ⌊a/b⌋·b
// on obtient a·v' + b·(u' − ⌊a/b⌋·v') = d.
function bezout(a, b) {
if (b === 0) return { d: a, u: 1, v: 0 };
const { d, u, v } = bezout(b, a % b);
return { d, u: v, v: u - Math.floor(a / b) * v };
}
console.log("pgcd(1071, 462) =", pgcd(1071, 462)); // 21
const { d, u, v } = bezout(1071, 462);
console.log("d =", d, " u =", u, " v =", v); // 21, −3, 7
console.log("vérification :", 1071 * u + 462 * v, "doit valoir", d);
// Le couple (u, v) n'est pas unique : (u + k·b/d, v − k·a/d) convient aussi.
// C'est ce qui donne l'infinité de solutions d'une équation diophantienne.
À retenir
Flashcards · 5 cartes
- Quelle hypothèse le théorème de Gauss exige-t-il ?
- Que a et b soient premiers entre eux. Sans elle, 6 divise 4×3 sans diviser ni 4 ni 3 — la conclusion tombe.
- Que dit le théorème de Bézout, et à quoi sert-il dans les deux sens ?
- a et b premiers entre eux ⟺ il existe u, v avec au + bv = 1. De gauche à droite on calcule u et v ; de droite à gauche on DÉMONTRE une primalité relative.
- Quelle opération les congruences ne supportent-elles pas ?
- La division. Simplifier exige que le facteur soit premier avec le module — sinon 5 ≡ 15 (mod 10) donnerait 1 ≡ 3.
- Jusqu'où tester les diviseurs pour savoir si n est premier ?
- Jusqu'à √n. Au-delà, le cofacteur serait plus petit et aurait déjà été rencontré.
- Quand ax + by = c admet-elle des solutions entières ?
- Si et seulement si pgcd(a, b) divise c. C'est la toute première vérification, avant tout calcul.