cursus.

Cours 3 · Nombres complexes et géométrieLeçon 1 sur 5

Nombres complexes

12 h de lecture9 sections Version PDF

À la fin de cette leçon, vous saurez

Passer d'une forme à l'autre : algébrique, trigonométrique, exponentielle ; Moivre, Euler, racines n-ièmes.

On introduit ii tel que i2=1i^2 = -1 pour une raison d'algèbre — donner des racines à tous les trinômes — et l'on découvre un outil de géométrie. C'est ce double statut qui fait la richesse du chapitre : tout calcul algébrique sur les complexes a une lecture géométrique, et réciproquement.

Forme algébrique

Tout complexe s'écrit de manière unique z=a+ibz = a + ib avec aa et bb réels. On appelle a=Re(z)a = \operatorname{Re}(z) la partie réelle et b=Im(z)b = \operatorname{Im}(z) la partie imaginaire — qui est un réel, malgré son nom.

L'unicité est l'outil de démonstration principal : deux complexes sont égaux si et seulement si leurs parties réelles et imaginaires le sont. Une équation complexe équivaut donc à un système de deux équations réelles.

Les opérations se font comme sur les polynômes, en remplaçant i2i^2 par 1-1 :

(a+ib)(c+id)=(acbd)+i(ad+bc)(a+ib)(c+id) = (ac - bd) + i(ad + bc)

Le conjugué de z=a+ibz = a+ib est zˉ=aib\bar{z} = a - ib. Il vérifie z+z=zˉ+zˉ\overline{z + z'} = \bar z + \bar{z'}, zz=zˉzˉ\overline{zz'} = \bar z \, \bar{z'}, et surtout

zzˉ=a2+b2z\bar{z} = a^2 + b^2

qui est un réel positif. C'est ce produit qui permet de diviser : pour rendre un quotient sous forme algébrique, on multiplie haut et bas par le conjugué du dénominateur.

Deux caractérisations à retenir : zz est réel si et seulement si z=zˉz = \bar z ; zz est imaginaire pur si et seulement si z=zˉz = -\bar z.

Plan complexe

À z=a+ibz = a + ib on associe le point M(a;b)M(a;b), son image, et réciproquement zz est l'affixe de MM. Le plan devient ainsi une représentation des complexes, et les opérations y prennent un sens.

z=a2+b2=OMzz=MM\lvert z \rvert = \sqrt{a^2+b^2} = OM \qquad \lvert z' - z \rvert = MM'

Le module est une distance. C'est la traduction qui résout presque tous les exercices de lieux géométriques : zzA=r\lvert z - z_A \rvert = r signifie AM=rAM = r, donc MM décrit le cercle de centre AA et de rayon rr. Et zzA=zzB\lvert z - z_A \rvert = \lvert z - z_B \rvert signifie AM=BMAM = BM, donc la médiatrice de [AB][AB].

Quiz · vérifiez votre compréhension Sans réponse

Quel est l'ensemble des points M d'affixe z tels que |z − 2 + i| = 3 ?

Forme trigonométrique

Pour z0z \neq 0, on peut écrire

z=r(cosθ+isinθ)=reiθz = r\left(\cos\theta + i\sin\theta\right) = re^{i\theta}

r=z>0r = \lvert z \rvert > 0 et θ=arg(z)\theta = \arg(z), défini modulo 2π2\pi. L'argument est une mesure de l'angle entre l'axe des abscisses et OM\overrightarrow{OM}.

Zéro n'a pas d'argument : sa direction n'est pas définie. Écrire arg(0)\arg(0) est une faute.

Le passage d'une forme à l'autre est mécanique. De l'algébrique vers la trigonométrique : on calcule rr, on factorise, et l'on reconnaît le cosinus et le sinus dans ce qui reste. De la trigonométrique vers l'algébrique : on développe.

Pourquoi deux formes ? Parce qu'elles ne servent pas aux mêmes opérations. L'addition est simple en algébrique, illisible en trigonométrique. La multiplication est l'inverse :

reiθ×reiθ=rrei(θ+θ)reiθreiθ=rrei(θθ)r e^{i\theta} \times r' e^{i\theta'} = rr'\,e^{i(\theta+\theta')} \qquad \frac{r e^{i\theta}}{r' e^{i\theta'}} = \frac{r}{r'}\,e^{i(\theta-\theta')}

Les modules se multiplient, les arguments s'ajoutent. Choisir la forme adaptée à l'opération demandée est le premier réflexe du chapitre.

Cette règle a une lecture géométrique décisive : multiplier par reiθre^{i\theta}, c'est effectuer une rotation d'angle θ\theta suivie d'un agrandissement de rapport rr. Toute la leçon suivante en découle.

Quiz · vérifiez votre compréhension Sans réponse

Par quoi multiplier un complexe pour faire tourner son image d'un quart de tour direct autour de O ?

Moivre et Euler

De la règle du produit découle, par récurrence, la formule de Moivre :

(cosθ+isinθ)n=cos(nθ)+isin(nθ)(reiθ)n=rneinθ\left(\cos\theta + i\sin\theta\right)^n = \cos(n\theta) + i\sin(n\theta) \qquad \left(re^{i\theta}\right)^n = r^n e^{in\theta}

Elle rend triviale une puissance qui demanderait autrement nn développements. Elle sert aussi dans l'autre sens, à linéariser : développer (cosθ+isinθ)3(\cos\theta + i\sin\theta)^3 par le binôme et identifier les parties réelles donne cos3θ\cos 3\theta en fonction de cosθ\cos\theta.

Les formules d'Euler :

cosθ=eiθ+eiθ2sinθ=eiθeiθ2i\cos\theta = \frac{e^{i\theta} + e^{-i\theta}}{2} \qquad \sin\theta = \frac{e^{i\theta} - e^{-i\theta}}{2i}

Elles transforment un produit de fonctions trigonométriques en somme d'exponentielles, donc un calcul difficile en calcul d'exposants.

Racines nn-ièmes de l'unité

Les solutions de zn=1z^n = 1 sont les nn complexes

zk=e2ikπ/n,k{0,1,,n1}z_k = e^{2ik\pi/n}, \qquad k \in \{0, 1, \dots, n-1\}

Leurs images forment un polygone régulier à nn côtés inscrit dans le cercle unité, l'un des sommets étant 1. Leur somme est nulle dès que n2n \geqslant 2 — le centre de gravité d'un polygone régulier est son centre.

Équations du second degré

Pour az2+bz+c=0az^2+bz+c=0 à coefficients réels et Δ<0\Delta < 0, les solutions sont les deux complexes conjugués

z=b±iΔ2az = \frac{-b \pm i\sqrt{-\Delta}}{2a}

Le Δ-\Delta sous la racine est positif, donc la racine existe. C'est l'aboutissement algébrique du chapitre : tout trinôme admet des racines, et si les coefficients sont réels, elles sont conjuguées l'une de l'autre.

Interprétations à connaître

Écriture complexeLecture géométrique
zzA\lvert z - z_A \rvertdistance AMAM
zzA=zzB\lvert z - z_A \rvert = \lvert z - z_B \rvertmédiatrice de [AB][AB]
arg(zzA)\arg(z - z_A)angle de AM\overrightarrow{AM} avec l'axe des abscisses
zCzAzBzA\dfrac{z_C - z_A}{z_B - z_A} réelAA, BB, CC alignés
zCzAzBzA\dfrac{z_C - z_A}{z_B - z_A} imaginaire pur(AB)(AB) et (AC)(AC) perpendiculaires

Les deux dernières lignes portent la plupart des questions de configuration : on traduit une propriété géométrique en une condition sur un quotient, puis on calcule.

À vous

Exercice · JavaScript · à vous de jouer

Vérifiez que le produit multiplie les modules et additionne les arguments, puis appliquez la formule de Moivre.

En attente
// Multiplier deux complexes : les modules se multiplient, les arguments
// s'ajoutent. On le vérifie sur les deux écritures.

const mul = (a, b) => ({ re: 0, im: 0 }); // à corriger : (a+ib)(c+id)

const module = (z) => Math.hypot(z.re, z.im);
const argument = (z) => Math.atan2(z.im, z.re);
const deg = (r) => ((r * 180) / Math.PI).toFixed(2);

const z1 = { re: 1, im: 1 };          // module √2, argument 45°
const z2 = { re: 0, im: 2 };          // module 2,  argument 90°
const p = mul(z1, z2);

console.log("produit :", p);
console.log("|z1|·|z2| =", (module(z1) * module(z2)).toFixed(6), " |produit| =", module(p).toFixed(6));
console.log("arg z1 + arg z2 =", deg(argument(z1) + argument(z2)), "°  arg produit =", deg(argument(p)), "°");

// Élever au cube par la formule de Moivre plutôt que par trois produits.
const moivre = (z, n) => ({ re: 0, im: 0 }); // à corriger
console.log("z1³ par Moivre :", moivre(z1, 3));

Console de sortie
Le résultat s'affiche dans la console

À retenir

Flashcards · 1 / 5Toucher pour retourner
Fin de la leçon

Vous avez parcouru les 9 sections.

Marquez-la terminée pour faire avancer votre parcours, ou revenez sur un point avant de passer à la suite.